Livre biographique de Souhila Bel Bahar.
Extrait du journal personnel de Souhila Bel Bahar (1983/1985).
"Si jamais j’écris mon histoire, comment commencerait-elle? Elle pourrait avoir pour titre, « La plus belle histoire d’amour » ou alors « Senteur de jasmin », ou « Le cri entendu », sinon « En réponse aux cris », ou encore « Cri, reviens », pour que l’on m’entende. Je pourrais commencer d’une façon classique. En première page, hommage à mon père, à ma mère, à mon frère, à mon mari, à Tewfik El Madani et patati et patata, mais non ! Ce n’est pas ce que je veux.
Ce n’est pas non plus pour dire « On m’a dit ceci », « On m’a fait cela ». Mais au final, quel serait le but de mon écrit ? C’est difficile… Ecrire pour raconter le bon côté des choses ? De la vie ? De ma naissance ? Ce n’est pas tellement une bonne chose, étant donné que je suis arrivée sans que l’on me demande mon avis...! Ecrire les joies ? Les peines ? Les souffrances ? Les déceptions ? Pourquoi pas ? Ah oui ! Mais bien sûr, écrire pour dire comment je suis arrivée à produire des choses qui sont venues sans me demander mon avis (encore une fois !) Parce que, en toute franchise, je n’ai jamais voulu être peintre, ah ça non ! Jamais. Pourquoi ? Je ne sais pas…
Dans tous les cas, je dois reconnaître qu’il m’est arrivé une chose bien singulière. A chaque accrochage, je me pose des questions qui restent sans réponse. Pourquoi tant de bleu dans ce tableau ? Pourquoi ces thèmes récurrents ? Pourquoi ? Pourquoi ce pourquoi ? Chaque tableau est une énigme. Qui l’a fait ? Comment j’étais pour le peindre ainsi ? Pas la moindre idée. Chaque tableau me regarde et me renvoie à mes propres questionnements. Par contre, je sais une chose : que chaque peinture est un lambeau de ma chair, infranchissable, qui me laisse perplexe et me lie à jamais à elle.
(…) une quarantaine de tableaux, caractérisés par une abondance de couleurs vives dégageant une luminosité et une joie de vivre à la mesure de l’amour que l’artiste (73 ans) voue aux petites choses de la vie (…)
(…) Les chefs-d’œuvre de Souhila Belbahar regorgent d’une extrême liberté d’expression. Cette extrapolation au niveau pictural n’est autre que la résultante d’une maturité professionnelle qu’elle égrène au fil des années.
L’artiste a rompu avec ses vieux gestes et s’est ouverte à une poétique plus étonnante et saisissante. Une poétique hasardeuse, curieuse, hallucinante et, parfois, provocante, tant le style est inhabituel, vif et démonstratif.
Elle est connue pour avoir marqué les galeries d’arts plastiques de sa trace indélébile, et appartenu au paysage artistique algérien depuis les années 70. L’artiste est connue également pour ses créations lumineuses, sous l’impulsion d’une inspiration très féconde.
Les femmes de Souhila Belbahar sont des artistes musiciennes passionnées d’instruments à cordes ancestraux. Luth, mandole et violent sont délicatement mis dans les mains de silhouettes féminines gracieuses, couvertes de tenues visiblement traditionnelles aux motifs propres au caraco.
La peinture de la doyenne des arts plastiques algériens, Souhila Belbahar, est une symphonie musicale aux multiples résonances et mouvements. Cette artiste peintre, dont la notoriété est bien assise aussi bien en Algérie qu’à l’étranger, ne cesse de surprendre aussi bien les esthètes que les profanes lors de ses remarquables expositions de peinture.